Dodji Honou : "... il n’y aura jamais une Silicon Valley en Afrique, mais des centres d’innovations adaptés aux contextes africains"

 


Dodji KOFFI HONOU : Digital Fabrication, Fintech, Blogging, Mobile Apps Solution, c'est l'un des Tech Entrepreneurs les plus  influents en Afrique. Fab Manager à Defkoakniep Lab, l'un des tous premiers FabLab d'Afrique subsaharienne  (à Dakar, Sénégal). Nous l'avons rencontré, il parle de sa vision de l'écosystème des nouvelles technologies en Afrique.

 

Bonjour Dodji et merci d'avoir accepté cette interview. Tout d'abord pour les personnes qui ne te connaissent pas,  peux-tu te présenter en quelques mots ?

Mon nom  est Dodji Honou je suis diplômé en Gestion Marketing et communication. Depuis plus de 3 ans,  j’ai laissé les activités liées à ma formation pour me tourner plus vers ma passion des technologies notamment la Fabrication numérique. J’ai donc plusieurs casquettes : entrepreneur, mentor, consultant etc.


Parlons d'un projet auquel tu as contribué et qui a marqué les esprits dans l'écosystème des nouvelles technologies en Afrique : "la WAFATE, première imprimante 3D africaine créée à base de déchets électroniques". D'où part ce projet ? Comment l'avez vous financé ? A-t-il été un projet rentable ? Que devient ce projet aujourd'hui ?

 

La WAFATE est un projet développé par les membres de la communauté WoeLab dont je fus membre et manager exécutif.  L’idée vient d’un membre de la communauté, Afate Gnikou, qui proposa de fabriquer une imprimante avec des matériaux locaux  suite à  un atelier de montage d’une imprimante 3D importée.

J’ai effectivement pris part à la réalisation du projet, comme tous les autres membres.  Une bonne partie du projet a été financée sur fond propre des membres et une autre partie via le financement participatif.  En ce qui concerne la rentabilité,  selon moi je dirai oui, surtout en termes de visibilité et de notoriété de la communauté Woelab qui reste pionnière dans une Afrique longtemps  mise en arrière plan en matière technologique. Le projet a ainsi montré que même avec peu de moyen et dans un écosystème peu favorable, des jeunes motivés, peuvent se mettre ensemble et développer des solutions avant-gardistes.

Tu es à juste titre considéré comme le fer de lance de l'innovation technologique en Afrique subsaharienne, en 2015, le magazine FORBES AFRIQUE t'a classé parmi les jeunes de moins de 30 ans les plus influents d'Afrique, qu'est ce que cela a changé dans ta vie ? Est ce que c'est plus de pression ?

 

 

Je dirai que ce classement m’a réconforté et boosté à faire plus et mieux. Il est souvent bien de savoir que les gens vous observent de loin sans que vous ne le sachiez. C’est comme si on vous disait que vous étiez sur la bonne voie. Et pour ce qui est de la pression, pas vraiment, du moins une pression positive qui pousse à toujours aller de l’avant et faire mieux.  Je tiens donc à remercier FORBES et ceux qui de loin ou de près ont participé  à ma sélection pour ce classement.

Beaucoup d'experts pensent que la prochaine Silicon Valley viendra d'Afrique, sans doute dû aux vaste mouvement d'innovations technologies observé dans le continent, quelle est ton analyse de l'écosystème des nouvelles technologies en Afrique ?

 

D’abord je n’ai pas vécu les réalités de la Silicon Valley pour avoir des éléments comparatifs. Je pense qu’il n’y aura jamais une Silicon Valley en Afrique, mais plutôt des centres d’innovations adaptés aux contextes africains (car l’Afrique n’est pas une petite ville des USA, mais un continent de 54 pays). Chaque pays ayant ses spécificités, ce qui marchera dans un pays ne marchera pas forcément dans les 53 autres pays. Et ce qui marchera dans la Silicon Valley ne fonctionnera pas forcément dans toute l’Afrique.
Pour ma part je suis toujours à la recherche d’un modèle idéal qui marchera dans les pays africains.

Tu as remporté plusieurs prix à l'international! pour avoir côtoyé l'écosystème des innovations technologiques en Occident, quelle est la différence fondamentale avec l'écosystème des nouvelles technologies en Afrique ?

 

 

J’ai eu l’occasion de visiter certains écosystèmes et ayant fait des courts séjours, je ne pourrai pas donner un avis pertinent car n’ayant pas toutes les informations. Ce que je pourrai dire par contre c’est qu’il y’a les mêmes potentialités et parfois plus en Afrique ; la seule différence est qu’il y a tout un écosystème favorable et plus de moyens financiers, de vision, etc. en Occident.
Le concept des FabLab, Makers etc. existe depuis bien longtemps en Afrique comme en Occident, c’est juste maintenant qu’il se développe.
En bref, je dirai que l’une des différences fondamentales est la vision à long terme des acteurs des écosystèmes et des pouvoirs publics.

Peux-tu nous dire plus sur tes projets actuels ? 

Avec mon équipe, nous avons évidemment beaucoup de projets en cours. A titre d’exemple,  il y a le projet de formation pour enfants, le projet de fabrication d’outils éducatifs à travers le « Making » destiné aux enfants  et aux personnes défavorisées.

Comment vous financez tous ces projets et comment vous les rentabilisez ?

 

 

Nous sommes généralement accompagnés par des structures comme l’Organisation Internationale de la Francophonie, la Fondation Orange et d’autres encore. L’objectif est d’aller vers un modèle qui permet l’autofinancement de nos activités et ne plus dépendre exclusivement de financement extérieur. (Le défi que doit relever tous les FabLab).


Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face ? Comment les surmonter-vous ?

On rencontre toutes les difficultés que toutes activités peuvent engendrer. Elles peuvent être d’ordre humain, intellectuel, etc. Bref, la routine au point où on ne les considère même plus comme des difficultés car nous avons toujours un esprit orienté vers les solutions. Je ne saurais donc vous dire nos difficultés car  nous avançons avec ou sans.

Existe-t-il une concurrence ? Et quelle stratégie vous adoptez pour relever les défis ?

En fait, il n’y aura jamais de concurrence pour moi quand le but est de créer un écosystème technologique durable et orienté vers le développement de nos pays. Ainsi, plus il y a d’acteurs innovants, plus l’écosystème y gagne.  Lorsqu’il s’agit d’apporter une solution innovante à notre système éducatif, à nos artisans, aux jeunes et femmes en milieu défavorisé, pour moi  parler ou voir une concurrence relève de l’absurde.

Où te vois-tu dans 10 ans ?

 

 

Je me vois faire le tour du monde, prêchant la bonne parole de « l’esprit maker » dans l’éducation, en montant des centres d’innovation partagés, des FabLab et la technologie de l’impression 3D dans tous les coins des pays africains et en aidant d’autres jeunes et acteurs.

Un conseil à proposer aux jeunes africains qui aspirent à l'entrepreneuriat !

Rêver, et travailler dur pour faire du rêve  une réalité. Être hyper optimiste, humble et s’éloigner de tout ce qui pourrait vous  décourager dans la réalisation de vos rêves.

 

 STATS

30+

BARCAMPS ET ATELIERS CO-CRÉATIFS

4+

PROJETS PRÉ-INCUBÉS

1+

LIVRE BLANC PUBLIÉ

 200+

PERSONNES FORMÉES

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